Les avancées technologiques - au-delà de la prolifération des sigles,
GSM, GPS, UMTS, WAP, SMS(1) - engendrent une modification permanente
de notre quotidien, de nos habitudes, mais aussi de notre environnement.
Les GSM actuels sont presque réduits à la taille d'une boîte d'allumettes
et leurs fonctions se multiplient: téléphone, fax, internet, guidage
routier... Ce qui les rend de plus en plus incontournables. Qu'en est-il
des nuisances?
Le revers de la médaille
D'outil de travail, le GSM est rentré dans les foyers. Il permet aux mamans
d'adolescents de ne plus angoisser lorsque leurs enfants sont de sortie, ou de
prévenir votre employeur qu'un embouteillage monstre vous empêchera
d'arriver à l'heure. En voiture on peut mieux se situer grâce à la carte
digitalisée et même échapper aux embarras routiers par un chemin moins
encombré.
Oui, mais... Les GSM fonctionnent grâce à des ondes électromagnétiques. Ces ondes, dans certains cas, peuvent avoir des rayonnements nuisibles ou
incommodants, des effets thermiques (échauffement) et athermiques
(phénomènes physiques complexes). La nocivité des ondes est surtout liée à la
puissance d'émission et tout abus d'utilisation du GSM comme de la télévision
ou de l'écran d'ordinateur peut engendrer des psychoses collectives mais aussi
des perturbations avérées du rayonnement des ondes. Ne vous est-il pas déjà
arrivé d'entendre lors d'une conversation sur un téléphone fixe, le GSM de
votre interlocuteur qui pourtant n'a pas encore sonné?
Les ondes nécessaires au fonctionnement de votre Gadget Si Merveilleux sont
émises par des antennes fixées ou non sur des pylônes. Vu la loi relative à la
protection de l'homme et de son environnement contre les effets nocifs et les
nuisances provoquées par les radiations non ionisantes, les infrasons et les
ultrasons, un arrêté royal est en préparation, fixant la norme pour les antennes
émettant des ondes électromagnétiques entre 10 MHz et 10 GHz.
Normes: les termes du débat
Les normes concernant l'exposition de la population relèvent des compétences
fédérales. Le ministre de la Santé publique, de l'Environnement et de la
Protection des consommateurs peut édicter une réglementation sur le
rayonnement auquel une population peut ou non être soumise, proposer des
normes plus strictes pour des populations plus sensibles (écoles, crèches,
hôpitaux,...)
Les normes concernant l'émission des antennes sont de la compétence des
régions. Celles-ci peuvent interdire le dépassement d'un certain seuil d'émission
par pylône et limiter le nombre de pylônes par région en vertu de leur
compétence en matière d'aménagement en territoire et de permis de bâtir.
On imagine aisément les conflits de compétences que cela entraîne entre les
différents niveaux de pouvoir, régional, fédéral voire même européen.
Solutions ad hoc: un accord de coopération et l'harmonisation des normes au
niveau européen. En effet la prolifération des normes induit un sentiment
s'insécurité. Est-il plus dangereux de passer ses vacances en Flandre qu'en
Wallonie ? Et ce qui est nocif pour les enfants et les malades, l'est aussi,
logiquement, pour les adultes et les travailleurs.
La norme d'émission proposée par l'Organisation Mondiale de la Santé (OMS) est de 42 V/m pour des fréquences de 900MHz, et de 58V/m pour des
fréquences de 1800MHz. En effet les différents opérateurs de mobilophonie
n'utilisent pas les mêmes systèmes et donc, pas les mêmes fréquences. Ces
valeurs adoptées dans les normes dites ICNIRP(2), tiennent compte d'un facteur
50 de sécurité par rapport aux résultats scientifiques. Bien que reconnues
mondialement, leurs bases scientifiques et leur validité sont contestées.
D'après certains experts, ces puissances n'affectent pas la santé humaine.
Pourtant l'incertitude persiste. Dès lors, le principe de précaution prend tout
son sens. Pour rappel, ce principe n'équivaut pas à une marge de sécurité mais
est d'application lorsqu'on a des motifs raisonnables de croire qu'un système
donné engendre des nuisances.
Les différents avis en présence
Les collèges consultatifs, à savoir le Conseil Supérieur d'Hygiène et la
Commission de la Sécurité des Consommateurs sont prudents et prônent le
principe de précaution. Ces différentes commissions proposent donc 4 V/m
pour les fréquences 900MHz et 6 V/m pour les fréquences de 1800MHz
comme norme d'émission. Elles suggèrent aussi de mener d'autres recherches
afin de mieux connaître la problématique.
Une étude sur les champs d'émission menée à Bruxelles (région bien couverte et dense en antennes et ondes), démontre que les antennes de mobilophonie ont une puissance nettement inférieure aux 3V/m préconisés par les conseils consultatifs. Une seule zone, à savoir le complexe commercial City 2, dépasse la puissance de 3V/m, toutes ondes confondues (GSM, radio-télévision, CB).
Cette étude tend donc à prouver que de telles normes sont largement
suffisantes. Mais les opérateurs de mobilophonie rétorquent qu'elles
entraveraient tout nouveau développement technologique (système UMTS) et
leur projet industriel. Ils souhaitent l'harmonisation des normes dans un
contexte de mondialisation du marché (en l'occurrence, les normes ICNIRP).
Leur argumentation est rendue caduque par le fait qu'ils ne semblent pas savoir
- et cela est étonnant pour des industriels - de combien de V/m ils auraient
besoin, pour cette avancée technologique que sont les GSM de 3ième génération
(UMTS). Cela laisse rêveur...
Tout ce débat est focalisé sur les normes d'émission et la protection des
consommateurs. Mais dans une perspective de développement durable, il faut
toujours garder à l'esprit que la prolifération des GSM portera
irréversiblement atteinte à notre environnement. Les résultats d'études
prévisionnelles pronostiquent que le nombre d'antennes GSM serait multiplié
par 3 lors du développement du système UMTS. Ce qui augmente le nombre
actuel d'antennes pour la seule ville de Liège d'environ 1000 antennes pour les
3 opérateurs de mobilophonie (Proximus, Mobistar, KPN Orange). Des
propositions d'antennes cachées, par exemple, dans les poteaux de signalisation
routière sont en cours d'élaboration...
Révolution technologique ou dégradation de notre horizon?
(1)
GSM = Global System for Mobile
GPS = Global Positioning System
UMTS = Universal Mobile Telecommunication System
WAP = Wireless Application Protocol
SMS = Short Message Service
(2)
ICNIRP = International Commission on Non-Ionizing Radiation Protection