Le pouvoir d'achat n'a pas diminué
Grâce à la mécanique d'indexation automatique des salaires, le pouvoir d'achat des ménages n'a pas diminué. Les hausses de prix ont été compensées par l'augmentation des salaires. Du moins pour les consommateurs qui disposent de revenus pour lesquels l'indexation des prix intervient. Par contre, ceux qui perdent leur emploi voient leurs revenus diminuer. De même il convient de s'interroger sur l'augmentation des bas revenus pour garantir une évolution tendancielle équivalente à celle des salaires conventionnels.
Les prix varient
Si le panier de la ménagère a baissé depuis août 2008 de 3,34%, certains produits et services ont connu une hausse importante et d'autres une baisse tout aussi importante.
Les hausses
Les hausses les plus spectaculaires concernent les produits alimentaires, surtout les légumes hors saison comme la laitue, les tomates, les poivrons ou des légumes qui ont été détruits suite à l'action du gel comme les poireaux. Mais en épicerie, les légumes secs, l'huile, les conserves, la moutarde, les céréales (y compris celles du petit-déjeuner), la confiserie et la nourriture pour animaux ont connu aussi des hausses de plus de 10% en quelques mois.
Certains produits non alimentaires mais saisonniers connaissent aussi des hausses importantes comme les fleurs coupées dont le prix est aussi lié à la loi de l'offre et de la demande comme lors de la hausse spectaculaire des prix à la Saint Valentin.
D'autres produits moins saisonniers sont aussi en hausse. Le secteur des cosmétiques et des produits d'entretien a augmenté ses prix (After-Shave, dentifrice, savon, détergent vaisselle, etc.).
Les services publics ont augmenté que ce soit la Poste ou les Chemins de Fer, de même que les services culturels. Certains services de santé ont aussi augmenté, de même que les assurances.
L'effet "moules"
Si certaines hausses résultent de l'augmentation des matières premières (ingrédients et énergie), la baisse de ces matières premières n'a pas entraîné une baisse équivalente du prix des produits.
Les transformateurs ou les détaillants (en ce y compris dans l'Horeca) anticipent très souvent une baisse des marges, surtout quand les produits ne sont pas toujours comparables.
Les baisses
A côté des hausses, de nombreuses baisses importantes sont aussi apparues. L'effet saisonnier est à nouveau présent pour expliquer certaines baisses comme des fruits (citrons, pommes(1) , kiwis, oranges), des légumes (oignons, carottes) ou des poissons et crustacés (crevettes grises, sole, cabillaud).
La baisse du prix des pommes de terre s'explique comme par ses caractéristiques de produit saisonnier à saison décalée (les pommes de terre sont plantées en mars, récoltées en septembre et conservées jusqu'au mois de juin de l'année suivante). L'année 2006 a connu une récolte catastrophique avec des rendements faibles entraînant une augmentation du prix. Les années 2007 et 2008 plus stables ont permis une baisse des prix pour la récolte des deux années.
La baisse du prix des céréales a entraîné une baisse du prix de la farine mais pas du pain qui a augmenté, même si certaines enseignes n'ont pas hésité à communiquer sur une baisse de ce produit.
La crise a entraîné une baisse des prix pétroliers. Celle-ci, particulièrement importante, a presque atteint une diminution de 50%.
L'évolution du cycle de vie du produit explique aussi la diminution de certains produits technologiques telles que la carte mémoire, le lecteur MP3/MP4, le PC, le DVD ou les supports d'enregistrement. A chaque saut technologique, - dans notre exemple, un accroissement de la capacité de la mémoire ou de la performance -, les produits plus anciens perdent de leur valeur et les prix diminuent. Simultanément, le nombre d'acheteurs croît et les ventes augmentent. Le prix diminue en conséquence.
Ententes sur les prix et oligopoles
Les ententes sur les prix peuvent expliquer certains tarifs élevés. Ainsi de janvier 2006 à mars 2009, le prix moyen du pain est passé de 1,69 € à 1,99 €, soit une augmentation de 18%. Et cette augmentation ne peut s'expliquer uniquement par l'augmentation du prix du blé (2) ou de l'énergie, d'autant que le prix de l'énergie baisse aujourd'hui.
En matière de prix du pain, il est utile de rappeler que la VEBIC, la fédération des boulangers flamands a été condamnée (3) à une amende de 29120 euros pour entente illicite. La VEBIC n'avait pas hésité à développer un système de calcul et d'indice de prix qui incitait, selon le Conseil de la Concurrence, le boulanger à augmenter son prix de vente.
Il y a un an, le Figaro (4) rapportait que Neuf groupes, fabriquant des marques parmi les plus connues au monde, sont suspectés d'avoir participé à une vaste entente sur leurs tarifs en France. Parmi ces suspects figurent Unilever, Colgate Palmolive, SC Johnson ou Henkel dont les produits sont présents dans les placards de tous les ménages... Johnson raconte que, depuis la fin 2004, [Ces groupes] avaient pris l'habitude de se téléphoner très régulièrement et de tenir des réunions secrètes. Des e-mails étaient également échangés, tandis que des études de marché réalisées par des sociétés spécialisées étaient mises en commun. L'essentiel des données transmises concernait bien sûr leurs parts de marché respectives dans les produits d'entretien et les insecticides notamment, mais aussi les prix que chacun pratiquait. Ils partageaient également des informations commerciales sur les conditions que leurs clients les distributeurs accordaient à chacun. Parmi celles-ci, figuraient les demandes formulées par la grande distribution qui voulait leur faire payer l'intégralité de la réduction des prix... Sentant le vent tourner en sa défaveur, Colgate décidait à son tour de se confier au Conseil de la concurrence. Le groupe américain lui avoue avoir participé à une autre entente avec Procter et Unilever, sur le marché des produits corporels, cette fois.
Dans le secteur du jouet une entente verticale a été mise à jour par le Conseil de la Concurrence en France. Le conseil a ainsi condamné 5 fournisseurs et 3 distributeurs de jouets à une amende totale de 37 millions d'euros pour s'être entendus sur les prix de vente durant les périodes de Noël au détriment des consommateurs. Carrefour, MaxiToys et JouéClub se sont entendus avec leurs fournisseurs respectifs pour obtenir un prix unique par jouet et faire cesser toute concurrence. Récidiviste, Carrefour a été condamné à payer 27,4 millions d'euros d'amendes (5).
En Belgique, le CRIOC a attiré l'attention, en 2008, sur les difficultés rencontrées lors d'achats groupés de mazout. Les diminutions des marges des revendeurs ne sont sans doute pas étrangères aux pressions exercées sur ces derniers pour refuser soit de remettre prix, soit d'annuler leur proposition.
Sans doute, d'autres ententes illégales existent-elles. Le travail de l'observatoire des prix et de la Commission de la Concurrence devrait conduire à une meilleure transparence des marchés.
En savoir plus
Les hausses supérieures à 5% depuis août 2008
Les baisses supérieures à 5% depuis août 2008
Un prix peut en cacher un autre
A l'analyse des statistiques officielles concernant la hausse et la baisse des prix, le lecteur est tenté de conclure que l'évolution moyenne de certains produits reflète les hausses ou les baisses moyennes de prix. Mais il n'en est rien. Ainsi, les relevés de prix réalisés par le CRIOC montrent que des enseignes et des marques n'hésitent pas à dissimuler certaines hausses de prix derrière des stratégies commerciales étonnantes comme l'augmentation des produits de marques de distributeurs où la comparaison s'avère difficile pour le consommateur, la modification de la composition du produit vers une moindre qualité, la diminution du poids total, l'utilisation de vente groupée ou préemballée.
Les consommateurs sont inquiets
Assez paradoxalement, les consommateurs sont inquiets face à l'évolution des prix et de la crise.
Ainsi, en mars 2009, une étude du CRIOC montrait que deux consommateurs sur trois envisagent de modifier leurs dépenses au cas où les revenus stagneraient et que le coût de la vie continuerait à augmenter. De plus, ils sont plus inquiets en l'avenir car, en septembre 2008, ils n'étaient qu'un sur deux à envisager de diminuer leurs dépenses. Cette inquiétude se traduit d'abord dans une volonté de limiter les dépenses de sorties, loisirs, voyages, habillement, télécommunications, gaz, électricité ou eau.
Mais tous les consommateurs n'envisagent pas de la même manière la stagnation de leurs revenus. Certains, comme les faibles revenus ont déjà réalisés des compressions de budget et doivent, soit envisager de nouveaux postes de dépenses à réduire, soit diminuer à nouveau des postes déjà comprimés. Les professions et les classes sociales vivent de manière très différente leur avenir et la perception du futur. Les groupes sociaux supérieurs et les ménages de deux personnes envisagent moins souvent de modifier leurs comportements que les autres catégories socioprofessionnelles à revenu plus faible comme les ouvriers ou les sans profession. En Wallonie et à Bruxelles, les habitants déclarent être tentés, en cas de (nouvelle) baisse du pouvoir d'achat, de comprimer, à nouveau, leurs dépenses.
Acheter de saison, un must !
(1) La production 2007 était excellente mais le renforcement des contrôles des cahiers de charges, les coûts liés à la lutte intégrée, la logistique, et l'explosion du coût des engrais fabriqués à partir de gaz auraient expliqués l'augmentation des prix en 2007, depuis les coûts ont été absorbés par la production et la production de l'année 2008 a été excellente. Les prix ont donc baissé.
(2) Si le blé intervient pour 10% dans la formation du prix du pain au Royaume-Uni et pour 5% dans le cas de la baguette en France, en Belgique on considère qu'il intervient pour 8% dans sa constitution.
(3) La décision du conseil de la concurrence reconnaît que des associations peuvent informer leurs membres de l'évolution des coûts, de manière à leur permettre de mieux calculer leur structure de prix de revient. Le système mis au point par VEBIC allait cependant trop loin. Les différentes rubriques du prix de revient étaient fixées et, pour chacune de ces rubriques, les membres se trouvaient régulièrement informés du pourcentage moyen d'augmentation des coûts et ce, sous forme d’un véritable schéma de coûts. De plus, l’augmentation moyenne des différentes composantes et l'augmentation totale de toutes les composantes du coût étaient liées au dernier prix établi par arrêté ministériel. Cette liaison se reflétait dans un indice du prix du pain qui indiquait dans quelle proportion les coûts avaient augmenté par rapport au dernier prix maximum. Un tel système ne se bornait pas à rendre inutile le calcul, par un boulanger, de son prix de revient, mais l'incitait également à augmenter son prix de vente en le calquant sur l'indice du prix du pain et ce, indépendamment de sa propre structure de coût. D'après le Conseil, il s'agissait donc bien d'affecter et d'harmoniser la politique de prix des membres de l'association, qui représente une grande partie des boulangers de Flandre.
(4) Neuf géants de l'entretien suspectés d'entente, Anne Salomon, Le Figaro, 27 février 2008.
(5) Source : Autorité de la Concurrence. Les fournisseurs en cause se sont entendus avec l'ensemble de leurs distributeurs afin que leurs produits soient vendus au même prix dans tous les points de vente. Ils ont parallèlement mis en place des actions de surveillance du marché et de police des prix, auxquelles ont activement participé les distributeurs. Durant les périodes de Noël des années 2001 à 2003 (1), les fournisseurs en cause se sont respectivement entendus avec leurs distributeurs pour faire cesser toute concurrence entre points de vente et obtenir un prix de détail unique pour chacune de leur référence. Ces ententes verticales se sont accompagnées d'actions de "police des prix" de leur part, auprès des distributeurs « déviants » afin de faire remonter le prix des jouets « posant problème » et obtenir un réalignement rapide. Les nombreux errata publiés par les distributeurs pour rectifier a posteriori - et toujours à la hausse - les prix indiqués dans leur catalogue de Noël en témoignent. Les trois distributeurs sanctionnés ont également participé activement à ces actions de police :
- C'est notamment le cas de Carrefour, qui a mis en place, pendant plusieurs années successives, une opération intitulée « Carrefour rembourse 10 fois la différence », incitant les consommateurs à effectuer une veille des prix pour son compte. Utilisant les remontées d'informations relatives aux demandes de remboursement des consommateurs, Carrefour est intervenu systématiquement auprès des fournisseurs concernés pour qu'ils « règlent le problème » du produit moins cher constaté chez ses concurrents.
- C'est également le cas de MaxiToys, qui a accepté à de nombreuses reprises de remonter ses prix à la demande de ses fournisseurs, alors que - se fournissant au Bénélux à des prix d'achat inférieurs - il est en mesure de proposer des prix de détail plus avantageux pour le consommateur. A cet égard, le dirigeant de MaxiToys a indiqué lors de l'instruction que "Afin que MaxiToys ne perturbe pas le marché français, les fabricants de jouets français nous présentent les tarifs d'achat en France et nous demandent de nous aligner sur le SRP [seuil de revente à perte] français. Cela évite de perturber le marché et nous permet d'obtenir des marges supérieures et par conséquent de gagner de l'argent"
- C'est enfin le cas de EPSE, tête du réseau JouéClub, qui a participé à la police des prix conduite par Goliath et par MegaBrands en 2002
Le Conseil a considéré que les distributeurs sanctionnés ne pouvaient justifier leurs interventions auprès des fournisseurs, en vue de faire remonter les prix de leurs concurrents, par l'obligation de respecter la législation sur la revente à perte et cela d'autant plus que le dossier a réuni – pour la généralité du secteur – de nombreux indices démontrant que le seuil de revente à perte avait été artificiellement rehaussé (identité du seuil de revente à perte pour tous les points de vente, quel que soit le distributeur, imprécision des services de coopération commerciale, qui ne sont pas spécifiés ni individualisés, rendant ainsi impossible la vérification de la réalité de la prestation offerte, intégration dans la coopération commerciale de services qui relèvent à l'évidence de l'acte d'achat-vente, présentation faussement conditionnelle de ristournes).