L'enquête sur l'éco-consommation a été réalisée en automne 2001 par le CRIOC et la Sonecom auprès de 623 personnes en Wallonie, selon la méthode d'échantillonnage par quotas. Certaines questions étaient les mêmes qu'en 1999, ce qui permet de faire des comparaisons et de mesurer des évolutions. En voici les principales conclusions.
Protéger l'environnement...
73% des personnes interrogées déclarent que la lutte contre la pollution est un problème immédiat et urgent. 5% considèrent que la protection de l'environnement ne constitue pas un réel problème, alors qu'ils sont 21% à juger qu'il s'agit "davantage d'un problème pour l'avenir".
Les consommateurs s'estiment également prêts à s'investir plus concrètement dans la protection de l'environnement. Seuls 4% des consommateurs déclarent ne pas être prêts à faire un effort en ce sens, 78% déclarent avoir fait un effort et 18% sont prêts à s'y mettre.
Quelles sont les personnes qui déclarent avoir fait un effort pour protéger l'environnement? Plus de femmes (82%) que d'hommes (74%), davantage les 46-60 ans (89%) que de moins de 25 ans (68%).
...Qu'est-ce que ça signifie, concrètement?
A ceux qui déclarent avoir fait un effort pour protéger l'environnement, il a été demandé en quoi consistait cet effort. Les personnes interrogées signalent avant tout qu'elles trient leurs déchets ménagers (97%), économisent l'énergie (81%) ou l'eau du robinet (78%). Eviter les emballages est mentionné par 61% des personnes et acheter des produits qui respectent l'environnement, par 58%. Par contre 38% des personnes interrogées (contre 33% en 2000, soit + 5%) mentionnent qu'elles utilisent moins la voiture.
Plus de la moitié des personnes adoptent des comportements écologiques ayant un autre intérêt que l'environnement, soit financier. La majorité des conduites écologiques concernent la gestion des déchets, il s'agit donc d'actions curatives. Moins de la moitié des attitudes se manifestent au travers de gestes de type préventif et moins d'un tiers des agissements ne présentent pas d'autre intérêt que préserver l'environnement.
La consigne plébiscitée
75% des consommateurs attendent que les grandes surfaces proposent davantage de boissons en verre consigné pour tous les produits évalués. Dans le détail des types de boissons visées, tous les pourcentages ont augmenté significativement par rapport à 1999. Ceci est à souligner dans un contexte de "veille" du dossier Ecoboni au sein du gouvernement: les entreprises ont fait entendre leur voix contre cette mesure, mais on n'a pas assez entendu les consommateurs, qui y sont plus favorables.
L'enquête effectuée plus récemment en Flandres a révélé un intérêt similaire dans cette région (1), où des consommateurs souhaitaient en savoir plus sur le bilan environnemental du système de la consigne. Les freins au développement de cet usage devraient également être investigués (offre limitée de flacons consignés, conditions de reprise dissuasives du fait du manque d'harmonisation des récipients, etc).
Dans quoi emballe-t-on ses courses?
64% des personnes interrogées utilisent des sacs jetables en plastique (contre 63% en 2000 et 72% en 1999) et 6%, des sacs réutilisables (contre 30% en 2000 et 20% en 1999). En général, les personnes interrogées utilisent plus en 2001 qu'en 1999 les sacs en papier, des sacs à provision sur roulettes, des paniers, des cartons et des bacs rigide. Les piétons semblent préférer les paniers aux sacs à provision sur roulette, les bacs rigides et les cartons étant d'usage pratique pour les automobilistes.
Les raisons du choix de l'une ou l'autre alternative pourraient être approfondies à l'avenir (look, confort, moyen de transport, etc). Par rapport à la tendance positive de 2000 - utilisation de moins les sacs jetables et de plus les sacs réutilisables - on constate une stabilisation en 2001.
Succès des achats "soutenables"
41% des interviewés achètent toujours ou souvent des ampoules à économie d'énergie (contre 42% en 2000 et 27% en 1999); 6% de la peinture naturelle (contre 9% en 2000 et 6% en 1999).
18% des consommateurs achètent des produits alimentaires en vrac (contre 19% en 2000 et 18% en 1999 ), 13% des fruits et légumes issus de l'agriculture biologique (contre 14% en 2000 et 12% en 1999). 13% optent pour la viande issue de l'agriculture biologique (pareil en 2000 et en 1999).
5% des consommateurs seulement achètent des produits labellisés Max Havelaar (pareil en 1999). Globalement, les consommateurs achetant des produits bio ne sont pas beaucoup plus nombreux que l'année précédente, ce qui contraste avec l'évolution de ce marché en croissance constante.
Vu les délais nécessaires aux agriculteurs désireux de s'orienter vers l'agriculture biologique (deux ans d'attente pour l'utilisation des terres agricoles), la versatilité éventuelle des consommateurs pour ce type de produits est à contrôler et à réguler par des campagnes d'information adaptées, telles que celles diffusées durant la "Semaine de l'agriculture biologique".
Evolution dans les achats "non durables"
47% achètent toujours ou souvent des piles jetables (contre 43% en 1999 ou +4%). 70% des personnes interrogées en 2001, soit 10% de plus qu'en 1999, déclarent ne pas acheter de vaisselle à usage unique.
Environ 55% des personnes interrogées en 1999 et en 2001 n'achètent pas d'appareil photo jetable. 25% en achètent parfois et 10% toujours ou souvent, ceci pour les deux années. Voici donc un type de produit pour lequel les comportements des consommateurs ne se sont pas modifiés en deux ans.
Par contre 10% achètent toujours ou souvent des insecticides ménagers, contre 15% en 1999. Et plus de 40% n'en utilisent jamais en 2001 alors qu'ils n'étaient que 30% en 1999. La consommation d'insecticides ménagers tend donc à diminuer en Wallonie.
4% des hommes et 11% des femmes déclarent acheter toujours des lingettes. Nombreuses sont les personnes disant acheter toujours ou souvent des lingettes (19%). Un peu plus de 40% n'optent jamais pour cet achat, ceux ne faisant pas ces courses sont près de 20% (27% des hommes et 8% des femmes).
Une baisse importante a été constatée du nombre des consommateurs qui achètent toujours ou souvent de l'eau de javel pour nettoyer la maison: 36% en 2001 contre 50% en 1999.
L'eau en bouteille toujours plus populaire
60% des personnes interrogées en 2001 boivent toujours de l'eau en bouteille ( contre 57% en 1999) et 14% souvent. Par contre seulement 19% des personnes boivent toujours de l'eau du robinet ( filtrée ou non-filtrée). Boire de l'eau du robinet n'est pas considéré comme un geste qui est bon pour l'environnement: seules 5% la boivent par souci pour l'environnement.
Les raisons principales pour préférer l'eau en bouteille sont le goût (31% en 2001 contre 35% en 1999), l'habitude (20% en 2001 contre 19% en 1999), la présence de calcaire dans l'eau du robinet (26% en 2001 contre 16% en 1999, soit +10%), la réputation malsaine de l'eau du robinet (10% contre 15% en 1999, soit -5%), la préférence pour l'eau pétillante (11%) et le plomb dans les tuyaux d'eau (3% contre 4% en 1999).
Lessives écologiques
Les produits de lessive les plus respectueux de l'environnement (poudres concentrées, liquides concentrés, tablettes) connaissent plus de succès en 2001 et 2000: 36% en 2001 et 37% des gens en 2000 achètent des produits concentrés contre 23% en 1999. En comparant les pourcentages observés pour ces deux années, nous constatons un succès plus grand pour les liquides concentrés (21% en 2001, 19% en 2000 contre 9% en 1999) et des tablettes (7% en 2001, 6% en 2000 contre 2% en 1999).
La synergie des campagnes promotionnelles des fabricants pour les liquides concentrés ou les tablettes, et des campagnes environnementales menées par plusieurs organisations comme le CRIOC, semble porter ses fruits.
Prévenir plutôt que guérir
En 1999 seules 2,7% des personnes interrogées en Wallonie ont mis un autocollant sur leur boîte aux lettres interdisant la publicité ou la presse gratuite. Ce pourcentage a atteint 9,8% en 2001. On peut supposer que les consommateurs Wallons ont été touchés par les campagnes d'information aux Bruxellois concernant la mesure négociée par les pouvoirs publics avec les distributeurs de journaux publicitaires. Ceux-ci sont à présent légalement obligés de respecter ce refus en Région Bruxelloise. Une telle obligation est à présent négociée au niveau fédéral.
En attendant sa concrétisation, le fait que 10% des consommateurs Wallons adoptent de tels autocollants pour boîte aux lettres, est une manifestation d'opinion qui traduit leur volonté de lutter contre les gaspillages engendrés par ces journaux non désirés.
74% des répondants en Wallonie habitent dans des communes ou le tri est obligatoire (contre 60% en 1999, soit +14%) et 84% des personnes interrogées participent toujours ou souvent à la récolte sélective (contre 74% en 1999, soit +10%). Le tri s'opère donc de manière plus systématique à présent, vu cette obligation pour une majorité de personnes.
A la question: "Selon vous, pour produire moins de déchets, il faut d'abord trier ses déchets, éviter les emballages, moins gaspiller ou privilégier les bouteilles consignées", les réponses confirment que les gens mentionnent en premier lieu le tri des déchets comme solution à la surproduction des déchets. En réalité, cette pratique certes utile, ne résout pas le problème de la production globale des déchets.
Visiblement, les campagnes de sensibilisation ne mettent pas assez l'accent sur la prévention. Ainsi, celles de Fost Plus sont toutes axées sur le tri des déchets, ce qui est une manière de les gérer mais non de les réduire à la source.
79% des personnes interrogées en 2001 sont d'avis qu'il faut en même temps augmenter les taxes sur les emballages polluants et diminuer les taxes sur les emballages qui respectent l'environnement. 52% tout à fait d'accord en 2001, contre 48,7% en 1999, soit +3,3% et 26,5% plutôt d'accord en 2001, contre 33,2% en 1999, soit -6,7%). Cette proposition entraîne une large adhésion parce qu'on propose non seulement des augmentations de taxes (comme les éco-taxes), mais aussi des diminutions de taxes.
En conclusion, le Réseau Eco-consommation dont la mission est de sensibiliser les consommateurs, constate que les résultats de cette enquête confirment les priorités de son programme d'action 2002-2003: diffuser des informations concrètes à l'attention des consommateurs, en matière de prévention des déchets et de manière à soutenir leurs efforts pour traduire en actes concrets leurs préoccupations pour l'environnement.
Permanence téléphonique du Réseau Eco-consommation: 071/300.301 - Internet: http://www.ecoconso.org
(1) Cfr DCDC n°114, juin 2002