Cette seconde place du classement est inquiétante, dans la mesure où, à la différence des Etats-Unis, la Belgique dispose d'un système de santé accessible à tous en principe. La grosse majorité des Belges dispose en effet d'une mutuelle qui rembourse partiellement les dépenses de santé.
D'ailleurs, à ce sujet, les consommateurs de soins belges (un panel de 1000 consommateurs Belges a été interrogé) sont satisfaits de la performance de leur système de santé. La Belgique affiche même le plus haut taux de satisfaction devant la Suisse. 41% des sondés belges accordent à leur système de santé une cote de 8/10, contre 33% en France ou 23% en Allemagne. Les Belges sont ravis de leur médecin (75% de satisfaction) et des soins hospitaliers (68% de satisfaits).
Mais là où le bât blesse c'est donc en matière de dépenses : la crise qui affecte les revenus oblige les Belges à se priver de l'essentiel. Non seulement ils restreignent sur les dépenses alimentaires, mais également sur les dépenses de santé. Plus de six patients belges sur dix disent être contraints de limiter les dépenses du ménage (logement, carburant, alimentation, éducation) pour payer leurs factures de santé. Le coût des soins de santé inquiète de nombreux Belges, avance l'étude : sur l'ensemble des répondants qui, victimes d'une maladie ou d'un accident, n'ont pas consulté de médecin, 39% ont pris cette décision pour des raisons de coût du traitement.
Par ailleurs, 42% de tous les consommateurs ayant besoin de médicaments sur prescription sont passés aux médicaments génériques pour faire des économies et 63% des répondants avouent que leur budget mensuel soins de santé les oblige à limiter d'autres dépenses essentielles du ménage.
Menée chaque année aux États-Unis depuis 2008, l'enquête Deloitte a pour but d'offrir une vue d'ensemble du consumérisme des soins de santé. Pour la toute première fois, un panel belge était repris dans l'enquête. Ici, on notera que la couverture d'assurance aussi donne satisfaction aux Belges : 94% pensent qu'ils sont bien assurés, ou correctement assurés.
Pour Hans Debruyne, Healthcare Partner chez Deloitte Belgique : "Les Belges sont contents de leur système de soins de santé et ne sont pas partisans de l'introduction de changements majeurs (comme de nouvelles privatisations par exemple) dans ce système. Parmi les améliorations qui pourraient être apportées figurent la réduction des délais d'attente et l'intégration aux soins d'une dimension bien-être et orientation-patient".
Le coût des soins inquiète bien davantage les consommateurs belges : six sur dix (62%) déclarent avoir pris d'autres décisions en matière de dépenses de soins de santé en raison de la récente crise économique.
Voici un aperçu des principaux chiffres de l'enquête :
- 32% sont financièrement bien préparés à assumer les coûts futurs des soins de santé, mais 16% ne se sentent pas bien préparés à supporter ces coûts futurs.
- Parmi les consommateurs de médicaments délivrés sur prescription, 42% indiquent qu'ils ont demandé à leur médecin de leur prescrire un équivalent générique pour faire des économies, 32% ont acheté un médicament générique au lieu du médicament prescrit en raison du prix ou sur conseil du pharmacien, et 8% ont acheté un produit vendu dans le commerce au lieu du médicament prescrit.
- 17% des répondants ont décidé de ne pas consulter un médecin alors qu'ils étaient malades ou accidentés et 39% ont pris cette décision pour des raisons de coût.
- Un tiers des consommateurs pense que 50% voire plus des dépenses de soins de santé sont du gaspillage. Par gaspillage, ils pensent à "la paperasserie inutile" (45% des consommateurs), les soutiens excessifs aux patients en fin de vie (33% des consommateurs) et l'attitude de personnes qui ne prennent pas leurs responsabilités concernant leur propre santé (28% des consommateurs).
- En 2010, 57% des sondés ont effectué une visite médicale de routine, 43% ont subi un examen faisant appel à l'imagerie (scan, radio, mammographie...), un pourcentage supérieur aux autres pays.
- En 2010, 20% des sondés environ se sont fait vacciner contre la grippe.
- 12% ont souscrit à un programme de bien-être proposé par leur employeur, un plan-santé, des cliniques et d'autres types d'organisations pour aider les gens à améliorer leur état de santé (par exemple – perdre du poids, faire plus d'exercice, arrêter le fumer).
- Un consommateur sur cinq fait appel à des thérapies alternatives ou à un substitut aux thérapies traditionnelles.
- Huit consommateurs sur dix possèdent une assurance santé complémentaire : 81% des participants interrogés sont couverts par une assurance santé complémentaire et 69% possèdent un ou plusieurs types d'assurance complémentaire. Près de la moitié des répondants (48%) souscrivent cette assurance complémentaire auprès d'une compagnie d'assurance ou dans le cadre de plans-santé (directement ou via des courtiers), 1 sur 3 en bénéficie via son employeur et 11% souscrivent à une assurance complémentaire via l'employeur de leur conjoint.
Malgré tout, on notera que les consommateurs belges sont très impliqués dans leur système de soins de santé. Par rapport à d'autres pays développés de même niveau, pointe l'enquête Deloitte, la Belgique est celui où l'on enregistre l'un des taux les plus élevés de visites aux médecins et spécialistes, de consultations à l'hôpital et de nuitées à l'hôpital. L'enquête révèle cependant aussi que moins de la moitié des consommateurs se déclare en bonne santé et que la moitié prétend souffrir d'au moins une maladie chronique. Les Belges sont enfin de grands consommateurs de médicaments...
"Par rapport aux autres pays analysés, les consommateurs belges se rangent aussi parmi les tout premiers en matière de consommation de médicaments délivrés sur prescription", insiste Hans Debruyne pour Deloitte. "Plus de la moitié des consommateurs prennent des médicaments sur prescription - 36% en prennent un, 21% en prennent deux et 39% en prennent trois ou plus. Les femmes (40%) sont plus susceptibles de prendre des médicaments sur prescription que les hommes (30%) et les hommes (45%) sont plus susceptibles de prendre trois médicaments ou plus sur prescription que les femmes (35%). 76% de l'ensemble des répondants font confiance à l'efficacité des médicaments qu'ils prennent".
En conclusion, mais ce n'est pas neuf, les dépenses de santé coûtent cher, en moyenne un peu plus de 1000€ par ménage et par an, après remboursement par la mutuelle et les assurances éventuelles. Mais, selon les chiffres officiels, le Belge assume seul 22% des coûts réels de ses soins de santé, ce qui représente pour l'ensemble de la population une manne de 7 milliards d'euros...
D'autres enquêtes, avant celle de Deloitte, avaient déjà mis en évidence les difficultés des Belges à assurer les soins de santé. Un ménage belge sur huit est confronté à des difficultés financières du fait de ses frais de santé, analysait déjà la Mutualité Chrétienne voici trois ans, après avoir sondé 6.000 de ses membres. La mutualité rapportait aussi que 4 ménages sur dix sont confrontés à des problèmes chroniques de santé et qu'un tiers de ces ménages (12 %) connaissent des difficultés financières. Il est vrai que pour ces ménages confrontés à des problèmes chroniques de santé, cela représente une dépense moyenne de 155 à 226 euros par mois...