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Taxer la malbouffe pour changer les comportements alimentaires ?

Du côté des consommateurs - Alimentation
Date : 02-11-2011
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Pizza, beurre, lait à forte teneur en matière grasse : en ce début octobre, le Danemark a introduit une taxe sur les graisses qui a fait grand bruit et provoqué un certain rush parmi les consommateurs locaux qui ont fait, en prévision des hausses de prix, de larges provisions des produits en question. La mesure prévoit en effet une taxe de 2,15 euros par kilogramme sur les graisses saturées. Elle s'appliquera à tous les produits contenant des graisses saturées, y compris les plats préparés...

"Je doute que cela aura un impact positif sur la santé, c'est simplement une taxe supplémentaire", a déclaré une porte-parole de la Confédération danoise des industries (DI), pour qui la taxe est un "cauchemar administratif". "Pour autant que nous sachions, le Danemark est le premier pays au monde à introduire une taxe sur les graisses".

Oui et non. Car la question de taxer les graisses et en particulier la malbouffe n'est pas neuve, loin de là. Pas plus tard que l'été dernier, d'ailleurs, la Hongrie avait déjà lancé une taxe sur les aliments trop sucrés ou trop salés, avec l'objectif officiel de lutter contre l'obésité. Ainsi, cette taxe dite "taxe-hamburger" (bien que frappant, en réalité, les aliments et boissons à haute teneur en sucre, sel, hydrate de carbone ou caféine, c'est-à-dire biscuits salés ou sucrés, boissons énergétiques ou encore gâteaux préemballés) voyait le jour dans un pays d'Europe de l'Est où l'obésité frappe 18 % de la population. Reste que la taxe hongroise était moins… salée que la danoise : 0,2€ par litre pour les boissons et de 0,4 à 0,7€ par kilo de biscuits et de gâteaux.

Or, des études confirment l'efficacité d'une telle taxe... pour autant que son montant soit à la hauteur de ses ambitions. Ainsi, une étude menée par l'Université de Caroline du Nord aux États-Unis montre qu'une taxe prélevée sur les pizzas et les sodas permettrait de réduire l'apport en calories. Mais cette taxe devrait être de 18 % pour avoir pour effet de faire perdre aux adultes américains environ 2 kilos par an et ainsi contribuer à la lutte contre l'obésité.

Cette idée de taxer la malbouffe, encouragée par l'OMS depuis 2003, a connu d'autres prolongements aux Etats-Unis aussi, patrie incontestée des personnes en surpoids. Différents États américains taxent déjà les boissons gazeuses tandis que la "fat tax" (sur les produits gras) fait clairement partie des ambitions du président Obama.

Plus près de chez nous, en France, en revanche, le gouvernement Sarkozy a rejeté en 2008 une taxe sur les aliments pauvres d'un point de vue nutritionnel, au motif que celle-ci impacterait le pouvoir d'achat des Français. Et en Roumanie - où l'obésité frappe une personne sur quatre – les autorités ont également fait marche arrière, abandonnant l'idée émise en 2010 de taxer les denrées malsaines et de réallouer les recettes à des programmes de santé. Les lobbies alimentaires s'étaient insurgés...

Chez nous, la taxe danoise a remis le sujet sur le tapis. La Fevia, la fédération de l'industrie alimentaire, considère également que taxer les graisses ou la malbouffe n'est pas le remède assuré contre l'obésité. La Fevia évoque des études peu concluantes, montrant que les taxes n'induisent pas nécessairement un changement de comportement alimentaire. Elle juge aussi que seule une taxe très élevée aurait un impact, mais alors, la mesure serait jugée antisociale… Enfin, tout cela conduit en conclusion à gagner "seulement" 5 jours de vie en moyenne ont reconnu les Danois.

En revanche, la Fevia se dit prête à entamer la discussion sur la composition des produits, pour réduire par exemple la teneur en "mauvaises" graisses, comme les acides gras trans. La Fédération a déjà développé un centre d'expertise pour aider les entreprises alimentaires dans cette optique, pour trouver des solutions de remplacement et travailler à une amélioration de la composition des produits.

En Belgique, en tout cas, et depuis 2008, quand la France a envisagé une taxe (concrètement, la TVA aurait été augmentée de 5,5 à 19,6% sur les produits trop gras ou trop sucrés ou salés) pour enrayer l'obésité, l'idée a été jugée globalement négative et antisociale.

Peu importe que cette idée d'une taxe nutritionnelle ou "fat tax" remonte déjà aux années 70 aux Etats-Unis et alimente le débat depuis lors, outre Atlantique et en Europe. Les études se sont multipliées aussi. En juillet 2007, par exemple, l'université d'Oxford montrait qu'une hausse de la TVA sur les aliments néfastes pour la santé pourrait sauver la vie de 3.200 citoyens britanniques par an. En Belgique, il n'y a jamais eu véritablement de propositions politiques allant dans le sens d'une "fat tax". L'association belge qui milite pour aider les patients obèses est elle-même convaincue du peu d'utilité d'une telle taxe, plaidant en revanche pour un abaissement de la TVA dans le secteur de la nourriture saine, fruits et légumes par exemple.

Rappelons que d'après l'OMS, l'obésité représente de 2 à 6 % des coûts de santé dans les pays développés.

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