Le système, qui prévoit que les chèques-repas papiers soient à l'avenir intégrés dans une carte à puce reprenant le montant octroyé au travailleur, est déjà en test à échelle réduite, mais la publication au Moniteur permet déjà aux sociétés émettrices d'officialiser la manoeuvre en équipant dès à présent les entreprises qui le souhaitent. Reste qu'avant que les travailleurs reçoivent leur carte, cela peut encore prendre un peu de temps puisque l'octroi de titres-repas électroniques doit être maintenant régi par une CCT, convention collective de travail. Dans les entreprises sans délégation syndicale, une convention individuelle peut être conclue. Dans tous les cas, un accord doit être conclu par écrit.
Comment cela va-t-il fonctionner ? Les titres-repas électroniques seront crédités sur un compte titre-repas, dont l'éditeur des titres-repas assure la gestion. Les travailleurs recevront une carte électronique de titres-repas, acceptée par les terminaux de paiement connus. Ils pourront utiliser cette carte comme mode de paiement électronique dans les principaux magasins.
A noter que le système prévoit la possibilité de retourner, sous certaines conditions, aux titres-repas sur support papier.
Mais alors que les titres-repas électroniques deviendront très prochainement réalité, des voix dubitatives se font entendre. Ainsi, Comeos, la fédération du commerce et des services, qui considère que l'innovation est "une bonne chose pour les commerçants, les consommateurs et les employeurs", insiste surtout pour que les émetteurs de ces chèques appliquent aux commerçants des coûts de transaction "raisonnables". En effet, il ne faut pas oublier que pour les commerçants, un paiement par titre électronique s'apparentera à une transaction normale par carte de débit Bancontact/Mister Cash.
Dominique Michel, administrateur délégué de Comeos, a dès lors attiré l'attention de 500 entreprises par voie de courrier : "Les émetteurs de titres électroniques détiennent la clé du succès. Seuls les titres électroniques se caractérisant par des coûts de transaction équivalents à ceux d'un paiement par carte de débit Bancontact/Mister Cash pourront bénéficier d'une large acceptation dans le commerce et l'horeca. Tout employeur qui ne tiendrait pas compte de cet aspect risquerait de remettre à ses travailleurs une carte ne pouvant être utilisée que dans un nombre de commerces restreint."
Pour l'UCM (Union des classes moyennes), ce nouveau système devrait être synonyme de simplification administrative. Mais cela n'en prend pas le chemin...
En Belgique, rappelle l'UCM, les employeurs distribuent 250 millions de titres-repas par an à 1,3 million de salariés, en complément de leur salaire.
L'UCM, comme Comeos, exige que le nouveau système ne soit pas plus coûteux que l'ancien, tant pour l'employeur que pour le commerçant. Cette revendication a été entendue puisqu'elle a été intégrée dans la législation. Cependant, l'UCM craint que cette condition ne soit pas respectée : "Des coûts de manipulation fictifs pourraient avoir été introduits dans le calcul du coût."
De plus, tous les commerçants pourraient ne pas être égaux face à la mise en oeuvre technique du système. Selon la réglementation, tous les terminaux de paiement, tant dans les grandes surfaces que dans les commerces de proximité, doivent être compatibles, c'est-à-dire accepter les cartes électroniques de titres-repas, dès leur lancement. C'était aussi une des conditions d'agrément.
Or, il apparaît que certaines manipulations doivent encore être effectuées pour que les terminaux soient à même d'accueillir les cartes de toutes les sociétés émettrices. L'UCM souhaite que ces manipulations soient effectuées sans discrimination et sans frais, tant dans les grandes surfaces que dans les plus petits commerces de proximité, qui n'ont pas les mêmes moyens financiers.
Enfin, l'UCM demande avec insistance que la période de coexistence des deux systèmes de titres-repas – sous format papier et sous format électronique – soit la plus courte possible. Aussi longtemps que les commerçants devront accepter les deux versions, ils subiront une double charge et donc un coût supplémentaire inacceptable.
Voici une semaine, le Groupe Colruyt a été le premier à annoncer qu'il était prêt à passer aux chèques-repas électroniques, mais uniquement pour l'heure avec une seule des 4 sociétés émettrices, Monizze. "Tous les magasins Colruyt, OKay, Bio-Planet et Spar sont prêts à passer aux chèques-repas électroniques", a communiqué le groupe de distribution belge. Les collaborateurs des magasins ont également déjà reçu une formation pour apprendre à traiter les chèques.
A échelle réelle, des tests ont été effectués par 500 collaborateurs du Groupe Colruyt et auraient mis en évidence la facilité d'utilisation et l'efficacité du système. "Pour les collaborateurs, cela signifie surtout que l'argent est disponible plus rapidement qu'avec les chèques papier (qu'ils devaient recompter). Il suffit de glisser la carte dans le lecteur et de presser "OK", sans introduire de code PIN".
Un seul souci : en cas de perte, la carte devra être bloquée, comme une carte bancaire ! Mais cela se ferait très rapidement également… Néanmoins, il n'y a pas de code secret comme sur une carte bancaire ordinaire. Et le détenteur de la carte ignore le solde restant : il faudrait donc prévoir la possibilité de consulter celui-ci, comme avec la carte Proton. Autrement, si le solde est à zéro, cela conduit à des transactions nulles en magasin et des… pertes de temps que l'on voulait précisément éviter avec le système de l'e-chèque !