Les gratuités événementielles peuvent en être un outil, à condition que leur existence soit rapellée médiatiquement chaque fois qu'elles se déroulent, et pas uniquement lorsqu'elles sont mises en place, sinon elles risquent de ne bénéficier qu'à un public déjà acquis, prêt à payer son entrée, qui découvre ce cadeau par hasard lors de son passage au guichet.
Généralement peu assurée par les musées eux-mêmes ou par leurs partenaires officiels, cette médiatisation récurente est revendiquée depuis peu en Belgique par quelques visiteurs actifs et le CRIOC (Centre fédéral de recherche et d'information des associations de consommateurs), avec des résultats de fréquentation significatifs. Chaque mois désormais, depuis février dernier, un des 44 musées qui pratiquent « la gratuité du premier dimanche du mois », en fait « sa fête », l'agrémentant de quelques animations et visites guidées gratuites, prétexte pour que la presse locale y fasse écho. En voici le résultat chiffré les plus récents : ce 1er mai, ce fut le tour du Musée Royal de Mariemont. Les dimanches « payants » y attirent une moyenne de 87 visiteurs. Un dimanche mensuel gratuit : 165. Et ce récent « 1er dimanche » médiatisé (avec quasi aucun moyen financier complémentaire, mais avec volontarisme et imagination) : 462 visiteurs.
Pour préparer les mois suivants, un guide qui présente les 44 musées gratuits est offert à chaque visiteur.
Ces gratuités ont bien d'autres objectifs : participer à la revalorisation auprès du vaste public des fonds permanents, le patrimoine même des musées qu'on a, hélas, de plus en plus tendance à ranger dans les réserves, pour laisser la place aux expositions temporaires événementielles. Faciliter aussi financièrement la fidélisation des visiteurs pour telle ou telle institution : ils y reviennent souvent, prennent le temps de découvrir une oeuvre en particulier. Favoriser ainsi les découvertes contemplatives plutôt les visites « consommation » (tout voir en une fois puisqu'on a payé).
La précarité liée à la crise économique se développant, les gratuités muséales deviennent un outil, parmi d'autres, de plus en plus performant, de démocratisation culturelle. À condition qu'elles fassent événement et que la presse y prête attention.
Elles peuvent même s'affirmer moteur touristique : permettre de retrouver le goût (financier) de voyager en découvrant une fois par mois une ville ou une région qui vous ouvre les portes de ses musées dans votre propre pays ou à l'étranger.
Et pourquoi ne pas utiliser ces journées de gratuités pour restaurer la « pratique » du don, déjà implantée aux USA ou dans quelques pays européens ? Que le visiteur ne soit plus un client mais un mini-mécène. Durant la semaine du 20 avril 2010, le SMAK (Musée d'art contemporain de Gand) a proposé à son public de procéder à un don dans une urne plutôt que d'acheter un ticket. La moisson fut supérieure aux rentrées habituelles ! Le public a déboursé en moyenne 1 € de plus, lorsque ce don se pratiqua à la sortie plutôt qu'à l'entrée du musée. Bien sûr, si le public est satisfait de sa visite… cette pratique favoriserait donc indirectement la mise en place d'un accueil plus chaleureux. Musées et usagers gagnants !