Ok, mais où se situe la juste balance ? Les allégations santé qui envahissent les publicités et incitent à consommer "mieux", sont-elles vérifiées et vérifiables ? Le consommateur peut-il croire rubis sur l'ongle ces arguments entendus à des heures de grande écoute ? Pas si sûr...
Des produits ont déjà été dénoncés par les autorités et retirés de la circulation, comme ce yaourt supposé embellir la peau et développé par une entreprise leader sur le marché des produits lactés.
Heureusement, l'Europe a tenté voici quelques années de clarifier le terrain de ces allégations nutritionnelles et de santé, dans un souci de protéger les consommateurs d'un marketing abusif aux contours non définis.
En résumé, la législation européenne sur les allégations nutritionnelles et de santé interdit toute information :
- inexacte, peu compréhensible ou trompeuse (par exemple qui attribue à la denrée des vertus médicinales, sans que cela soit avéré scientifiquement);
- qui suscite des doutes concernant la sécurité ou l'adéquation nutritionnelle d'autres denrées alimentaires;
- qui encourage ou tolère une consommation excessive d'une denrée alimentaire
- qui incite à consommer une denrée alimentaire en affirmant ou suggérant directement ou indirectement qu'une alimentation équilibrée ne fournit pas tous les nutriments nécessaires;
- qui essaie d'effrayer le consommateur en mentionnant des modifications des fonctions corporelles.
Cela signifie en d'autres termes que les allégations nutritionnelles et de santé, pour qu'elles puissent être apposées sur un produit ou mentionnées dans les publicités, doivent véritablement comporter un nutriment ou une substance qui a un effet bénéfique scientifiquement prouvé et que ce nutriment est présent en quantité suffisante pour atteindre l'effet nutritionnel ou physiologique affirmé. Enfin, les allégations nutritionnelles et de santé sont interdites pour les boissons alcoolisées de plus de 1,2% d'alcool en volume.
Pour autoriser une nouvelle allégation de santé, le fabricant doit faire sa demande auprès de l'État membre concerné qui la transmet ensuite à l'Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA). Sur la base de l'avis de l'EFSA, une décision relative à l'utilisation est prise par la Commission européenne.
Une législation plus qu'utile mais qui hélas ne répond pas totalement au souci de protection du consommateur. Car depuis que l'Europe a développé cette loi, les spécialistes du marketing rivalisent d'imagination pour mettre en avant d'autres arguments de vente, voire mentent en introduisant de fausses preuves de leurs allégations. Exemple : l'alcool killer, un produit sensé dissiper les effets de l'alcool sur l'organisme. Dans d'autres cas, où l'on vantait l'aspect santé auparavant, on met aujourd'hui en avant d'autres arguments, de type "bien-être", qui ne sont pas soumis à la réglementation européenne, mais dans le visuel des publicités, on continue de sous-entendre que le produit contribue à une meilleure santé...
Le CRIOC rejoint d'autres associations de défense des consommateurs pour dénoncer ces pratiques insidieuses et publicités trompeuses qui ne font rien d'autre que semer le doute dans l'esprit des acheteurs. Ainsi, la fameuse "roue des calories" développée par Coca-Cola pour montrer que le Coca light ou Zéro contiennent moins de calories que le jus d'orange ou de pomme. "Le mensonge par omission", explique le CRIOC. "On compare des pommes et des poires : on donne l'impression que le Coca allégé peut se consommer à longueur de journée. Mais on ne dit pas que le Coca n'apporte rien alors que les autres boissons, plus caloriques, offrent des vitamines et des nutriments... La politique nutritionnelle, qui vise à diminuer la consommation de certains produits se heurte à une politique économique toute-puissante qui laisse tout faire. Alors, les publicitaires trouvent des moyens détournés pour éviter les interdictions."