La Campagne dénonce les filières de production de grandes entreprises multinationales qui sous-traitent leur production dans des pays où les salaires sont bas et les conditions de travail peu respectées. Notons que certains de ces pays comme la Chine, la Thaïlande, l'Inde sont aussi des pays où les droits fondamentaux des travailleurs existent bel et bien et la campagne Vêtements Propres s'efforce de les y faire respecter. L'industrie du textile, les distributeurs et les marques sont particulièrement visés par la campagne Vêtements Propres qui essaye de responsabiliser les acteurs de la chaîne d'approvisionnement en matière de conditions de travail.
La campagne jouit d'une notoriété telle qu'à l'international aussi des actions sont menées, celles-ci améliorent la vie de milliers de travailleurs en lutte dans leur usine. Après dix ans d'existence, la campagne Vêtements Propres a réussi à accroître l'attention sociale et éthique des consommateurs et ce, dans 13 pays. Aujourd'hui, la campagne rassemble des syndicats, des ONG, des organisations de jeunes et des organisations de consommateurs telles que le CRIOC.
A travers ses membres ou le secrétariat international de la campagne situé à Amsterdam, la Campagne Vêtements Propres est en liaison constante avec un réseau de partenaires, entre autres dans les principaux pays de production. Ensemble, ils mènent des actions alliant la mobilisation des travailleurs à la pression des consommateurs et des citoyens sur les entreprises et les autorités publiques.
L'action Meilleur Marché, coordonnée en Belgique francophone par la Campagne Vêtements Propres a démarré en février 2009 et s'est focalisé sur l'obtention d'un salaire minimum vital aux travailleurs concernés ainsi qu'un renforcement de l'utilisation du système l'Alliance Asia Floor Wage (méthode de calcul pour calculer un salaire décent, applicable dans tous les pays). Meilleur Marché s'articule autour de quinze organisations dont le CRIOC qui dénoncent l'impact des pratiques d'achats de la grande distribution et des discounters sur les conditions de travail dans leur filière d'approvisionnement en vêtements.
Meilleur Marché vise 5 entreprises en Belgique : Aldi, Carrefour, Cora, Lidl et Trafic. Des campagnes similaires ont été menées en Allemagne, Espagne, France et Belgique néerlandophone et voici les résultats :
Toutes les entreprises concernées en Belgique, sauf Cora, ont répondu à la publication du rapport lors du lancement de la Campagne. Toutes, sauf Aldi, réfractaire à tout contact en Belgique comme partout ailleurs, ont été rencontrées au moins une fois par une délégation des organisations membres. C'est avec Carrefour et Lidl que les contacts ont été relativement les plus ciblés.
Aux demandes d'évaluation et de changements de leurs pratiques d'approvisionnement, elles ont répondu en mettant en exergue leur adhésion à des associations d'entreprises promouvant les audits sociaux des fournisseurs : Aldi, Lidl et Trafic sont membres du Business Social Compliance Initiative (BSCI), Cora et Carrefour de l'Initiative Clause Sociale (ICS), Carrefour est l'initiateur du Global Social Compliance Programme (GSCP).
Aldi
Aldi est structuré et organisé de manière très particulière : pas de possibilité de contact par email, pas de centre de décision pour la Belgique mais 7 centres de distribution. Même en Allemagne, Aldi est séparé en deux entités, Aldi Sud et Aldi Nord.
Aldi a réagi à la publication du rapport Cash et à sa publication sur le site de Business and Human Rights Resource Center, se référant principalement à son implication comme membre du BSCI, à sa volonté de vérifier les faits rapportés et de collaborer avec les fournisseurs concernés pour y remédier en exigeant de leur part une réaction rapide. Aucune information n'a suivi de sa part. Il n'a pas été possible d'obtenir un rendez-vous ni en Belgique ni ailleurs. Une déléguée syndicale d'Aldi (LBC) a participé à la mission en Indonésie. Aldi a par ailleurs menacé de poursuivre nos collègues allemands en justice pour diffamation suite à la publication d'une fausse promotion comparable à celles développées par la Campagne Vêtements Propres en Belgique.
Carrefour
Carrefour a réagi au rapport avant sa publication mais trop tard pour que ses compléments d'information puissent éventuellement être pris en compte dans la version du rapport publiée le 11 février. Carrefour y faisait notamment référence à son partenariat avec la Fédération Internationale des Droits de l'Homme (FIDH), aux actions menées dans ce cadre et du projet mené conjointement avec cette dernière et une ONG partenaire au Bangladesh en termes de formation des travailleurs et du personnel d'encadrement de ses fournisseurs. Les mêmes informations se retrouvent dans sa réponse au Business and Human Rights Resource Centre, Carrefour y met en outre l'accent sur le fait qu'il a initié le GSCP.(1)
En Belgique, Carrefour n'a pas directement réagi à l'envoi du rapport mais bien à la carte blanche publiée dans le Soir du 13 février 2009 par la Campagne Vêtements Propres, Oxfam Magasins du monde et écoconso suite à sa campagne de publicité (Economique, chic ou éthique …). Sa carte blanche de réponse (27 février) s'intitule "Carrefour fait beaucoup d'efforts pour améliorer les conditions de travail dans le monde".
Carrefour centre globalement sa communication sur les processus mis en œuvre (nombre d'audits, formations, pays, etc.) plutôt que sur leurs résultats. Les ONG et syndicats présents ont insisté pour que Carrefour communique aussi sur les impacts concrets de sa politique sur le respect des droits des travailleurs et l'amélioration effective des conditions de travail.
Demande de transparence
Carrefour refuse catégoriquement de rendre public sa liste de fournisseurs, mettant en avant des raisons de concurrence commerciale.Carrefour se réfère par ailleurs au groupe de suivi créé au sein du comité directeur (qui rassemble la direction groupe et les syndicats représentés au comité d'entreprise européen). Les syndicats et ONG présents signalent que aucune information ne percole vers les délégués ni vers les consommateurs.
Des délégués syndicaux de la CNE et de la CFDT mentionnent qu'aucun représentant du personnel n'a accès aux rapports d'audit. Ce qui est présenté au sein du groupe de suivi est un tableau de synthèse du nombre d'audits, de leur localisation géographique, de leur objet, etc. Sylvain Macé estime que ce groupe devrait être formalisé, devrait se réunir de manière plus régulière, avoir accès au moins sur demande aux rapports d'audits et devrait se forger un agenda pour ne plus travailler uniquement dans l'urgence.
Salaire minimum vital
Pour Carrefour, c'est le rôle des gouvernements de fixer le salaire minimum "légal" à un niveau minimum "vital". Carrefour s'est notamment joint à d'autres clients internationaux de l'industrie de l'habillement du Bangladesh pour demander au gouvernement une révision urgente des salaires. A la demande de syndicats, Carrefour aurait écrit à sa centaine de fournisseurs au Bangladesh le 13 septembre 2010 pour leur demander de respecter la liberté d'association et de mettre en œuvre l'augmentation du salaire minimum légal décidée en été 2010 par le gouvernement (et qui est loin de rejoindre un seuil vital).
Selon Carrefour, intégrer un niveau de salaire minimum "vital" dans les prix de commande au fournisseur serait d'une part difficile, car il n'y a pas de méthode universelle de calcul d'un salaire vital, et d'autre part, une telle intégration ne garantirait nullement qu'un tel salaire soit effectivement versé aux ouvriers. La Campagne Vêtements Propres a invité Carrefour à participer à la Table Ronde autour de l'Asia Floor Wage mais Carrefour a décliné. Il est clair cependant que l'AFW répond aux points d'objection de Carrefour : une méthode de calcul d'un salaire décent est sur la table et des organisations représentatives des travailleurs peuvent contribuer à assurer qu'un prix plus élevé payé à des fournisseurs se traduise en salaires plus élevés pour les travailleurs. La Campagne Vêtements Propres poursuivra ses démarches vis-à-vis de Carrefour, sur base de propositions concrètes, à ce sujet.
Pratiques d'achat
C'est un sujet qui tient notamment à coeur la FIDH. Lors d'une rencontre entre Carrefour et la Campagne Vêtements Propres française, début 2010, Carrefour annoncera travailler sur le cahier de charges de ses acheteurs pour le rendre plus cohérent avec sa politique de responsabilité sociale.
Cora
Suite à l'action menée sur le parking du Cora de La Louvière, des représentants de "Meilleur Marché" (SETCa, Jeunes FGTB, Oxfam Magasins du monde et Campagne Vêtements Propres) ont rencontré le directeur de cette succursale le 8 Juin 2009. Monsieur Wais ne s'est pas engagé pour le groupe. Il a confirmé que Cora est membre de l'Initiative Clause Sociale et que ses approvisionnements en vêtements passent par la centrale d'achat Provera. Influx est la marque de distributeur de Cora pour les vêtements. Cora a décliné l'invitation à la Table Ronde du 4 Octobre.
Lidl
Une rencontre a eu lieu à Berlin le 5 Mars 2009 entre Lidl et des organisations allemandes membres de la Campagne Vêtements Propres allemande, le syndicat allemand Verdi et des organisations membres de la Supermarket Initiative (dont Oxfam Allemagne). Cette rencontre a consisté en un échange de vues et d'information y compris sur les conditions de travail dans les magasins Lidl. Le 13 Mars 2009, Lidl a répondu au Business and Human Rights Resource Centre mentionnant sa participation au BSCI, l'audit de ses fournisseurs via le système du BSCI, sa collaboration avecl'agence allemande de coopération GTZ dans le cadre de projets pilotes en Chine et au Bangladesh et la distribution de produits du commerce équitable dans ses magasins.
Demandes
Avec nos collègues allemands, nous demandons à Lidl de nous communiquer son point de vue sur la prise en compte du standard de l'Asia Floor Wage dans ses pratiques de fixation des prix avec ses fournisseurs. Par ailleurs, nous appuyons la demande de nos collègues à pouvoir disposer d'un rapport écrit sur les formations données aux fournisseurs de Lidl par la GTZ (coopération au développement allemande).
Lidl poursuivit pour publicité mensongère
Sur base du rapport et de nouvelles recherches réalisées en 2009-2010 chez 4 fournisseurs de Lidl au Bangladesh, nos collègues allemands ont entrepris de porter plainte contre Lidl pour publicité mensongère. Ils voulaient ainsi dénoncer le fait que Lidl communiquait publiquement sur son site allemand que son adhésion au BSCI signifiait que les droits des travailleurs étaient respectés chez ses fournisseurs. Lidl a modifié sa communication avant que le processus en justice ne soit présenté devant un tribunal.
La Campagne Vêtements Propres a rebondi sur cette affaire lors du lancement de la deuxième phase de campagne en 2010 (conférence de presse sur le greenwashing social) Lidl présent à la table-ronde de Bruxelles : Lidl était la seule entreprise présente à la table ronde publique organisée à Bruxelles par la Campagne Vêtements propres le 4 octobre 2010. Il était accompagné d'un représentant du BSCI. Le représentant de Lidl n'a cependant pas désiré prendre la parole en public.
Rencontre avec Lidl en Allemagne
En décembre 2010, nos collègues allemands ont rencontré Lidl. Lors de cette réunion, Lidl a donné plus d'information sur son projet de formation de ses fournisseurs au Bangladesh. Il a donné quelques signes d'ouverture à propos de la mise en œuvre d'un projet salarial dans un pays de production. Il a en contre partie demandé l'arrêt de la campagne à son égard.
Trafic
Trafic a rapidement réagi à la publication du rapport Cash et des fausses promos en février 2009. Une rencontre a eu lieu le 18 Mars. Ont pris part à cette rencontre le directeur achat et marketing de Trafic, Monsieur Erik De Batselier, un délégué syndical CNE et la coordinatrice de la Campagne Vêtements Propres. Trafic y a fait part de son grand mécontentement vis-à-vis des fausses promos comportant selon Trafic des informations mensongères. Trafic s'étonne d'être ciblé. Il rappelle ses récents investissements en terme de responsabilité sociale et notamment son affiliation au BSCI, son programme d'audit, de ré-audit et de remédiation, l'engagement d'une personne travaillant mi-temps pour mettre en oeuvre cette politique. La Campagne Vêtements Propres a demandé à Trafic d'apporter les preuves que les informations concernant Trafic sont mensongères. Elle n'a pas reçu de réponses. Trafic a décliné l'invitation à la Table ronde du 4 Octobre.
(1) Global Social Compliance Programme