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Confinés à un public punk dans les années 80, le piercing s'est banalisé dans les années 90 par effet de mode et d'imitation des artistes. Des meutes de jeunes souhaitant imiter leur idole ont envahi les salons de piercings afin de se faire piercer le nombril, la langue, l'arcade sourcilière,... Aujourd'hui le phénomène perdure, il suit même sa propre mode au fil des générations. Se faire piercer est aujourd'hui un acte banal, sans limites, il n'est d'ailleurs plus rare de croiser des visages constellés de piercings.

Toutefois, l'acte de se faire piercer n'est pas anodin. Au même titre que le tatouage, il s'agit d'une intervention délicate nécessitant des soins particuliers avant, pendant et après l'intervention.

Une réglementation incomplète

Depuis le premier janvier 2006, le ministère de la Santé a élaboré des mesures en matière de piercings et de tatouages. Cette réglementation est le fruit d'une collaboration avec l'Association des tatoueurs et pierceurs professionnels wallons (ATPPW). Auparavant, seule une charte rassemblait les professionnels membres de cette association, qui ne représentait donc pas l'ensemble de la profession. Cette charte piercings, accompagnée de son équivalent tatouages, visait alors à "mettre un point final à la grande foire du charlatanisme".

La réglementation avait été de nombreuses fois demandée. Le CRIOC avait d'ailleurs tiré la sonnette d'alarme en 2004. Elle fut concrétisée par l'arrêté royal du 25 novembre 2005 (Art. 4, § 1, et 12), et mise en pratique depuis le premier janvier 2006.

Cet arrêté couvre largement tous les aspects du piercing et du tatouage: la formation du personnel, le lieu de travail, la traçabilité des produits utilisés, la définition des personnes à risque (notamment les hémophiles), les contrôles effectués... Cet arrêté prévoit également certaines dérogations pour les commerces n'effectuant que le piercing du lobe de l’oreille. Il répond globalement aux problèmes soulevés par le CRIOC.

Tout pierceur/tatoueur est responsable de juger l'état moral et physique du client (maturité, physique) ainsi que l'influence de l'alcool, de drogues ou de médicaments éventuels sur le jugement du client. Un contrat écrit le lie avec son client, qui reconnait avoir pris connaissance des risques liés au tatouage et/ou au piercing, des cas dans lesquels une visite préalable chez le médecin est demandée, des soins nécessaires à apporter pendant la cicatrisation, des précautions particulières, et des contre-indications.

Cependant, dès la mise en place de cette réglementation, l'ATPPW la juge incomplète, en particulier quant à l'insuffisante formation du personnel prévue par le texte. De plus, la protection des mineurs n'y est pas assez garantie. Un jeune de 12, 13 ans peut se faire tatouer sans autorisation. Le texte, en effet, recommande simplement de ne pas percer ni tatouer des enfants, incapables de prendre de telles décisions. Ils déploraient également la distinction effectuée entre les pierceurs/tatoueurs et les bijoutiers, car l'action est la même ainsi que les risques sanitaires encourus.

A défaut de loi concernant l’âge, les praticiens consciencieux appliquent les principes suivants: pas de tatouage avant l’âge de 18 ans, sauf avec accord parental à partir de 16 ans. Et pas de piercing avant l’âge de 16 ans, sauf avec accord parental à partir de 14 ans. La présence sur place du parent est alors généralement requise.

Les contrôles depuis 2006

Depuis la mise en vigueur du cadre légal les campagnes de contrôles effectués par le Service Public Fédéral de la Santé Publique ont montré qu'en ce qui concerne le contrôle de la pratique du piercing, les cas litigieux concernent essentiellement les activités sur les marchés, foires, qui se déroulent généralement dans de mauvaises conditions d’hygiène. Sur 500 contrôles en moyenne par an, 70 infractions ont été recensées en 2009, pour la grande majorité desquelles un avertissement a suffi.
Il a été également été constaté que les praticiens agréés sont, pour leur part, conscients de la nécessité de réaliser leur activité dans de bonnes conditions d’hygiène.

Sans risque?

Le succès ou l'échec du piercing est conditionné par une responsabilité partagée tant par le pierceur que par le client. Selon les observations, la plupart des cas d’infection sont plutôt dus à de mauvais soins post-intervention de la part du client lui-même. Comme pour tout bien de consommation, il convient d'éviter l'achat impulsif. Prenez le temps de réfléchir et d'en discuter avec le vendeur. Ce dernier, s'il est consciencieux, vous expliquera patiemment les précautions à prendre et les risques encourus. Si vous avez le moindre doute, contactez le SPF Santé Publique afin de vous assurer que le commerçant a bien une licence.

Le CRIOC demande d'aller plus loin

En ce qui concerne spécifiquement le piercing, aucun projet de modification de la réglementation n’est à l’ordre du jour. Concernant les tatouages, le législateur pense à ajouter un délai de réflexion avant l'acte ainsi qu'un contrat plus détaillé entre le client et le tatoueur (on se souvient du récent cas de tatouage sur le visage controversé ayant fait la une des journaux). Pourtant, parmi les demandes exposées par le CRIOC en 2004, certaines restent en suspend. De manière à mieux protéger les consommateurs, en particulier les jeunes, le CRIOC demande au Ministre de la Protection des Consommateurs et au Ministre de la Santé de préciser la législation en cours en fixant:

  • La procédure d'autorisation d'un tatouage ou d'un piercing auprès des mineurs.
  • Les conditions pour lesquelles certaines pratiques sont autorisées ou interdites (tatouage -permanent ou non-, piercing, mais également les nouveaux produits tels que le branding, les implants, les scarifications,...).
  • Un délai de réflexion obligatoire pour les actes permanents (tatouages, brandings et scarifications)
  • Les personnes habilitées à exercer (instauration d'une formation sérieuse, à la demande des professionnels eux-mêmes).

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